La biographie d’objet par la performance
Discussion-échange avec Carolina Bonfim & Flavio Rodrigo
Infos
Place du 20-Août, 7 (Bât. A4)
4000 Liège
Le 2 septembre 2018, un incendie a ravagé le Musée national de Rio de Janeiro (MNRJ), réduisant en cendres près de quatre-vingt-dix pourcent de son patrimoine...
Celui-ci était constitué de plus de vingt millions de pièces, parmi lesquelles figuraient l’une des plus importantes collections d’objets indigènes au monde, des artefacts historiques des cultures afro-brésiliennes et du Pacifique, des reliques égyptiennes ainsi que des œuvres de l’Antiquité gréco-romaine. Face à cette catastrophe, plusieurs questions se posent : comment une personne qui n’est jamais allée dans ce musée pourrait-elle accéder à un patrimoine qui n’existe plus ? Comment évoquer et « visiter » un musée sans collection ni bâtiment ? Pour répondre à ces questions, différentes personnes ont été interviewées. Il leur a été demandé de transmettre le souvenir d’un objet du musée qui, pour une raison ou une autre, a de l’importance pour elles. Le résultat artistique de cette enquête est la performance La dernière archive. Performer le patrimoine disparu du Musée national de Rio de Janeiro. Dans le cadre du Séminaire de muséologie organisé par le Pôle muséal de l’U.Liège, Carolina Bonfim et Flavio Rodrigo proposeront une mise en contexte du musée, de son importance, ainsi qu’une réflexion critique, à la lumière des efforts de sauvegarde, sur les manières dont une telle institution peut se reconstruire et continuer à exister. Lors de cette rencontre, les artistes partageront leur processus de travail autour de la création de la pièce. Flavio et Carolina évoqueront le développement de leur pratique et partageront leurs approches respectives. Leur travail interroge notamment les questions de mémoire et de transmission, tandis que Carolina y apporte une perspective située, attentive aux enjeux liés à sa position de femme artiste.
Les artistes
Carolina Bonfim est artiste, enseignante et chercheuse née à São Paulo et basée à Bruxelles. Centrée sur la question des archives immatérielles, sa pratique se base sur le développement et la mise en œuvre de modes expérimentaux de transmission et de traduction. Au cours de ces dernières années, elle a mené à bien différents projets, qui ont en commun l’établissement d’un dialogue étroit avec la pensée critique. Elle a obtenu son doctorat en Art et sciences de l’art à l’Université Libre de Bruxelles et à l’ENSAV La Cambre en 2019. Sa thèse portait sur le corps en tant qu’archive vivante.
Flavio Rodrigo est un artiste, pédagogue et chercheur brésilien basé à Bruxelles. Sa pratique interdisciplinaire combine performance, vidéo et dramaturgie pour explorer la mémoire, les corps queer et les récits spéculatifs. Il crée des œuvres immersives qui interrogent les relations entre le corps, la pédagogie et les récits contemporains.
Ce projet a été développé grâce au soutien du Pôle muséal & culturel, du Fonds de la Recherche en Art (FRArt/FNRS) et de l’ESA Saint-Luc Liège.
En savoir plus
Le 2 septembre 2018, un incendie a ravagé le Musée national de Rio de Janeiro, réduisant en cendres près de quatre-vingt-dix pour cent de son patrimoine. Celui-ci était constitué de plus de vingt millions de pièces, parmi lesquelles figuraient l’une des plus importantes collections d’objets indigènes au monde, des artefacts historiques des cultures afro-brésiliennes et du Pacifique, des reliques égyptiennes ainsi que des œuvres de l’Antiquité gréco-romaine.
Face à cette catastrophe, plusieurs questions se posent : comment une personne qui n’est jamais allée dans ce musée pourrait-elle accéder à un patrimoine qui n’existe plus ? Comment évoquer et « visiter » un musée sans collection ni bâtiment ?
Pour répondre à ces questions, différentes personnes ont été interviewées. Il leur a été demandé de transmettre le souvenir d’un objet du musée qui, pour une raison ou une autre, a de l’importance pour elles. À travers ces récits, les artistes mobilisent implicitement une méthodologie proche de la biographie d’objet, en s’intéressant non seulement aux caractéristiques matérielles des artefacts, mais aussi aux relations individuelles, sensibles et corporelles que les personnes entretiennent avec eux. L’objet muséal apparaît alors moins comme une entité figée que comme un nœud de mémoires, d’expériences et d’affects.
Le résultat artistique de cette enquête est la performance La dernière archive. Performer le patrimoine disparu du Musée national de Rio de Janeiro, créée par Carolina Bonfim et Flavio Rodrigo. À travers le corps des performeurs, ces souvenirs deviennent une archive vivante : gestes, paroles et mouvements reconstituent, de manière fragile et subjective, un patrimoine disparu.
Le projet ouvre également une réflexion sur les enjeux contemporains de la décolonisation des musées. Les témoignages recueillis ne proviennent pas uniquement de spécialistes ou de chercheurs, mais d’une pluralité d’acteurs liés au musée : archéologues, médiateurs, visiteurs, employés ou personnels techniques. Cette diversité de voix fait apparaître des récits situés, parfois dissonants, qui déplacent l’autorité traditionnelle du discours muséal. En donnant place à ces perspectives multiples (du chercheur à la "femme de ménage"...) la performance met en lumière la dimension collective et souvent invisible des institutions patrimoniales, tout en faisant émerger des paroles que l’on pourrait qualifier de subalternes dans l’économie habituelle du savoir muséal.
Ainsi, La dernière archive ne cherche pas à reconstruire un musée perdu, mais à montrer comment celui-ci continue d’exister dans les corps, les mémoires et les récits de celles et ceux qui l’ont fréquenté.
Partenaires
Organisé par le Service de Muséologie. Avec le soutien financier du FER ULiège, du Conseil Genre & Egalité de l'Université de Liège, du Pôle muséal & culturel, de l'ESA Saint-Luc Liège.
